Vodou: le terme provoque bien davantage l'imaginaire que la raison.
Pourtant, derrière ce terme galvaudé par la projection des fantasmes
occidentaux sur la «barbarie» et la «sauvagerie» présumée des
«nègres» - ceux d'Afrique comme ceux, serviles, de l'espace caraïbe
et des Amériques - se cachent des pratiques complexes et
passionnantes de «services aux esprits». Le vodou haïtien touche à
des domaines aussi variés que l'intercession avec le monde
invisible, la guérison, la justice, la lutte pour la liberté, la transmission
et l'interprétation de l'histoire - celle de l'esclavage notamment - ou,
pour les sociétés secrètes, la protection de territoires.
Ce volume, publié à l'occasion de l'exposition «Le vodou, un art de
vivre» au Musée d'ethnographie de Genève, réunit une vingtaine
d'auteurs - scientifiques, initiés, artistes - qui posent un regard
original sur le vodou pratiqué en Haïti, dans la diaspora haïtienne et
en Afrique. Ils montrent que le vodou ne peut se laisser contenir par
des dé?nitions trop strictes, tant la créativité et l'innovation sont au
coeur même de ce phénomène; ils proposent des pistes
d'interprétation permettant de mieux saisir les enjeux actuels d'une
reconnaissance tardive du vodou par les autorités haïtiennes.
Jacques Hainard est directeur du Musée d'ethnographie de Genève
et chargé de cours d'ethnomuséographie à l'Institut d'ethnologie de
l'Université de Neuchâtel.
Philippe Mathez est conservateur au Musée d'ethnographie de
Genève depuis 2003. Hormis la muséologie, ses domaines de
recherche portent sur l'anthropologie de la mort, sur les rites
funéraires et de commémoration, ainsi que sur les nouvelles formes
culturelles de la modernité.